Île de Burano - Italie

Île de Burano – 6 bonnes raisons de la visiter

par | 14 Fév 2021 | Destinations, Europe, Italie | 0 commentaires

Cap sur l’île de Burano !

Après avoir pris le temps de découvrir et de savourer les différents quartiers de Venise, notamment avec Natale, un Vénitien amoureux de sa ville et passionné par son histoire, j’ai eu envie de prendre l’air de la lagune et de visiter l’île de Burano, l’une des trente petites îles que compte la lagune. L’île de Burano, située à 7 kilomètres de Venise au nord de la lagune est en réalité un petit archipel de 5 îles reliées par des ponts.

Je suis allée à Burano en prenant le Vaporetto de la ligne 12 à Fondamenta Nuove. Le trajet pour Burano dure environ 45 minutes avec des arrêts sur l’île de Torcello, de Murano, puis sur celle de Mazzorbo. Voir Venise avec du recul depuis la lagune et naviguer d’île en île en compagnie des mouettes était déjà un vrai moment de bonheur qui ne m’a coûté que 14€ l’aller/retour… Ce serait vraiment dommage de s’en priver ! J’ai rendez-vous l’après-midi avec Sylvia, une « vraie burannella » qui vit sur l’île depuis qu’elle y est née. Elle va me faire visiter l’île de Burano en m’emmenant dans des endroits non touristiques et en me racontant le passé historique et les petites histoires du quotidien de son île. Elle me conseille de prendre mon temps et d’y arriver pour déjeuner afin de déguster les spécialités culinaires locales. Tout ce que j’aime !

Voici 6 bonnes raisons de visiter l’île de Burano en mode slow !

Burano est un petit village de 2700 habitants particulièrement connu et apprécié des touristes pour ses alignements de maisons colorées, son campanile penché et l’activité de ses dentellières. Mais, ce serait dommage de réduire Burano à ces uniques clichés touristiques !

A la sortie du bateau, la plupart des gens ont tendance à aller tout droit vers la rue principale qui, sent l’attrape-touristes à plein nez, avec sa succession de restaurants, de boutiques de souvenirs et de dentelles « made in China »…   Partez plutôt vers la gauche en sortant du débarcadère pour visiter l’île de Burano par son rivage et par ses petites ruelles transversales pour y découvrir la vraie vie des Buranelli !

1/ L’enchantement des maisons colorées, des ruelles et des petites places

Vous allez succomber au charme de Burano et en voir de toutes les couleurs ! Avec, en prime, le bleu éclatant du ciel en ce début septembre…  C’est un vrai bonheur de se balader sur cette île arc-en-ciel.

Sylvia m’explique qu’il y a plusieurs hypothèses pour expliquer cette ville colorée. La plus souvent exprimée est que les pêcheurs peignaient leurs maisons de différentes couleurs pour se repérer et reconnaître leur maison en cas de brume.  Une autre théorie veut que les femmes de pêcheurs faisaient des travaux de restauration sur leurs maisons en attendant le retour de leurs maris, avec les couleurs dont elles disposaient. Enfin, certains mauvais esprits disent aussi que c’était plus facile pour les marins enivrés de retrouver leurs maisons… Sylvia ne cautionne absolument pas cette théorie inventée pour les touristes ! -:) 

Les Buranesi (habitants de Burano) doivent repeindre leurs maisons chaque année. Les couleurs s’arrêtent exactement à la limite d’une cheminée, d’une fenêtre ou d’un pignon pour délimiter précisément les maisons et permettent de reconnaître facilement leur appartenance à une famille ou à une autre. Sylvia me montre sa maison qui est de couleur orange.

L’île de Burano est réellement un paradis pour les photographes !

Tout est prétexte à photos. Sur les quais ou dans les reflets renvoyés par les canaux…

Les maisons, les places fleuries, le linge qui sèche entre deux maisons, les canaux et leurs petits ponts, le campanile penché, mais aussi les reflets des maisons dans l’eau et de très beaux soleils couchants si vous choisissez de visiter l’île de Burano en soirée.

2/ Les célèbres dentelles de Burano 

Je ne suis pas particulièrement fan de napperons en dentelle, mais l’art de la dentelle est indissociable de l’histoire de Burano ! Alors, j’ai demandé à Sylvia de m’en parler.

L’histoire de la dentelle de Burano remonte au XVe siècle quand la Dogaressa Dandola Malipiero fonda la première véritable école de broderie. Les dentelières de Burano ont alors inventé un point qui a rendu cette dentelle si fameuse : « Le Punta in aria ». Littéralement « le point en l’air ». Il s’agit d’un point à l’aiguille qui permet de créer du relief et des transparences sur des motifs généralement empruntés à la nature (plantes, animaux). La dentelle de Burano est présente sur les vêtements sacrés et la décoration de l’autel des églises vénitiennes, mais aussi sur le linge de maison (nappes, napperons, draps…), sur les robes de la bourgeoisie et sur les robes de mariée… 

Au XVIe siècle, Venise est devenue l’un des centres mondiaux de cet artisanat. La renommée des dentellières et de leurs œuvres d’art s’est rapidement répandue dans toutes les cours d’Europe, y compris en France où les dentelles de Burano avaient beaucoup de succès.

Après des siècles de croissance, la production de dentelle vénitienne a connu une crise importante au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle en raison de la concurrence des fabricants français, structurés de manière beaucoup plus moderne et productive. Puis, au 18e et 19e siècles, la dentelle commença à subir la concurrence des produits manufacturés et elle commença à disparaître. Seul témoin de la glorieuse époque, le « Museo des Merletto » ou Musée de la Dentelle de Burano où sont exposés plus de deux cents modèles uniques et inestimables de la collection de l’école, réalisés entre les XVIe et XXe siècles. Le musée abrite également de nombreux documents et œuvres d’art liés à la dentellerie à Venise. Les visiteurs sont davantage des amateurs d’art que des clients.

Aujourd’hui, l’art de la dentelle de Burano est sauvegardé par les femmes âgées du village qui continuent à produire avec passion et patience cette dentelle raffinée. Elles donnent d’ailleurs des démonstrations de l’art de la dentelle au Musée, mais malheureusement pour moi, en période de Covid 19, le Musée était fermé. N’hésitez pas à les rencontrer lors de votre visite de l’île de Burano ! Ce sont les dernières gardiennes de cette tradition… Le véritable point de Burano n’est plus beaucoup pratiqué. C’est un travail extrêmement long puisqu’il faut environ trois ans pour réaliser une nappe. Les prix de chaque pièce sont donc très élevés ! Alors, désormais, les nappes, napperons et autres pièces en dentelle vendus dans la rue principale, la Via Baldassare Galuppi, viennent généralement de Chine. Un artisanat traditionnel détourné qui ne correspond plus vraiment au point original de Burano… 

3/ L’église San Martino et son campanile

Impossible de ne pas remarquer l’église San Martino et son campanile de 53 m de haut incliné lorsque l’on visite l’île de Burano ! C’est aujourd’hui le seul édifice religieux de Burano. Sa construction date du 10ème siècle, mais l’église n’a pris son aspect actuel qu’entre les 16e et 17e siècles, à la suite de nombreuses rénovations.

L’intérieur de l’église possède une belle fresque de Giambattista Tiepolo datant de 1725 qui représente la crucifixion de Jésus-Christ ainsi qu’un sarcophage sorti miraculeusement des eaux par de jeunes enfants qui contient les reliques de Saint-Alban, Saint-Dominique et Saint-Ours. Ce serait grâce à leur intervention que les habitants de Burano auraient échappé à l’épidémie de peste de 1630 qui ravagea Venise.

Sylvia me montre sur des plans que le campanile de San Martino construit au XVIIe siècle s’est écarté de sa base de 1,83 m (davantage que la Tour de Pise !). Il s’est très nettement incliné en raison d’un affaissement du terrain. Ici, comme dans toute la lagune, les maisons sont construites sur des pieux enfoncés dans la vase. Parfois, celle-ci est moins dense, et du coup, les fondations bougent. 

4/ Le chantier naval Agostino Amadi

Je suis vraiment heureuse que Sylvia m’ait permis de franchir la porte des ateliers du célèbre chantier naval Agostino Amadi. L’histoire de ce chantier naval remonte au début des années 1700, époque à laquelle une famille de charpentiers de marine construisait des bateaux pour Venise et les îles de la lagune. Le chantier naval a su préserver au fil du temps les techniques de construction traditionnelles anciennes tout en diversifiant sa production par la construction de bateaux traditionnels en bois et de bateaux de pêche et de travail en fibre de verre de 6 à 12 mètres, voire même longs de 22 mètres. Cela avait un côté émouvant de voir ces bateaux aux différentes étapes de leur construction… 

5/ Burano, ses p’tits gâteaux et sa savoureuse cuisine marine…

Difficile de visiter l’île de Burano sans goûter à ses fameux petits gâteaux ! Et particulièrement, les Essi Buranei, des biscuits en forme de S qui représentent l’envers du grand canal et les Bussola Buranello moulés en forme de cercles. Ce sont des spécialités pâtissières typiques de Burano, dont le goût s’apparente à un sablé. Un même goût, mais des formes différentes. On peut attester que la naissance des Bussolà remonte aux années 1500,  car on les retrouve sur les tables des familles vénitiennes dans certaines œuvres d’art de cette époque. Ils étaient alors préparés pour le jour de Pâques et étaient un symbole de la Résurrection. Ils sont désormais réalisés à Burano selon la même recette depuis 1928 dans la pâtisserie de Carmelina Palmisano.  Une recette qui comporte beaucoup d’oeufs, de beurre, de zestes de citron et des jaunes d’œufs en grand nombre qui donnent aux biscuits leur couleur caractéristique.

Dégustez ces biscuits en les trempant dans un verre de vin de passito (un vin liquoreux) ou avec une crème au mascarpone, c’est paraît-il sublime !  Vous retrouverez ces biscuits et bien d’autres encore sur le site de la pâtisserie Carmelina Palmisano. A vous de choisir !

En venant visiter l’île de Burano à l’heure du déjeuner, j’avais surtout en tête l’idée de manger du poisson ou des fruits de mer de la lagune ! Les locaux sont toujours les mieux placés pour vous conseiller où aller manger… alors, j’ai plutôt tendance à les écouter ! J’ai été très satisfaite de la tournée des bacari faite à Venise avec Natale, alors j’ai volontiers écouté et suivi les conseils de Sylvia pour déguster une cuisine traditionnelle concoctée au rythme des retours de pêche à Burano.  Impossible de déjeuner sans réservation au restaurant « Al Gatto Nero » réputé pour sa cuisine de la mer, mais J’ai trouvé mon bonheur à la terrasse de la Trattoria da Primo ! La Trattoria offrait une appétissante carte de poissons : bars, daurades, soles ou lottes et de pâtes ou risottos aux fruits de mer. J’y ai dégusté un bar découpé en filets à ma table et accompagné de légumes confits. Un délice de simplicité, j’en salive encore ! Outre le talent des cuisiniers, j’ai apprécié les bons conseils du personnel et la bonne humeur du service. Dans ces deux restaurants, pensez à réserver pour être sûr d’avoir une table !

6/ Remigio Barbaro, le sculpteur ermite de Burano

Enfin, pour achever ma journée sur l’île de Burano, une petite note culturelle ! Sylvia m’emmène dans un quartier un peu plus excentré de l’île et me parle de Remigio Barbaro, le « sculpteur ermite » né à Burano en 1911. Elle est passionnée par l’oeuvre de cet artiste sculpteur qui enseignait à l’Académie des Beaux-Arts de Venise et dont de nombreuses oeuvres sont exposées en Italie et à l’étranger.

Remigio Barbaro est une figure emblématique de Burano. Son œuvre reflète l’union mystique entre l’art, la nature et la spiritualité.

Certaines de ses sculptures sont encore présentes à Venise et sur ​​l’île de Burano, notamment dans l’Eglise San Martino et sur la piazza Baldassare Galuppi, qui doit son nom à un compositeur célèbre également né à Burano au début du XVIIIe siècle.

Remigio Barbaro est mort en 2005 à Burano, où il a vécu toute sa vie. Il a passé les dernières années dans sa maison-atelier qui surplombe le lagon, dans la calle Gobbi et a fait de son isolement une légende. La maison est encore remplie de sculptures dont on peut en entrevoir certaines par le portail. 

Avant sa mort, le désir de Remigio Barbaro était de transformer sa maison en musée permanent avec ses œuvres en terre cuite, en bronze ou en argile, sans compter les croquis préparatoires de ses oeuvres. Ce souhait est en cours d’étude par la municipalité, mais malheureusement pas encore réalisé. L’intérieur de la maison de l’artiste est actuellement fermé au public.

J’espère vous avoir donner l’envie d’aller visiter l’île de Burano et de vous y attarder… On peut facilement visiter l’île de Burano en quelques heures, mais si vous voulez prolonger le charme, vous pouvez aussi y rester dormir et admirer le coucher du soleil depuis une terrasse, un verre de Spritz à la main. Et, si vous avez le temps, vous pouvez coupler la découverte de Burano avec les îles voisines de Murano et de Torcello !

 

 

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