Le jardin de Kanazawa au Japon

Kanazawa et son sublime jardin

Visite de Kanazawa, entre la mer du Japon et les Alpes japonaises

Je viens de quitter la ville de Kyoto au charme irrésistible pour la ville de Kanazawa, 3ème et avant-dernière étape de mon voyage au Japon. Je ne peux passer qu’une seule journée à Kanazawa avant de rejoindre Tokyo. C’est bien insuffisant pour tout voir dans cette ville que l’on nomme souvent « la petite soeur de Kyoto ». 

Kanazawa est située entre la mer du Japon et les Alpes japonaises, à deux heures vingt de Kyoto par le train. Le nom « d’Alpes japonaises » est dû à un anglais Walter Weston, missionnaire et alpiniste professionnel qui a introduit la pratique du ski au Japon à la fin du XIXe siècle dans une région où trois chaînes de hautes montagnes dépassent les 3.000 mètres d’altitude et rivalisent avec le Mont Fuji. Les Alpes japonaises, situées à 292 kilomètres environ de Tokyo sont très prisée des japonais en quête d’air pur.

La région attire également les visiteurs étrangers qui apprécient les paysages de la région qui varient selon les saisons. Nous sommes au mois d’Avril et je suis venue à Kanazawa pour voir les cerisiers en fleurs et la renaissance de la nature dans l’un des 3 plus beaux parcs du Japon.

Grosse surprise en arrivant dans la superbe gare moderne de Kanazawa ! Je tombe nez à nez avec d’immenses affiches du Festival de musique classique nantais de La Folle Journée.  Le thème de cette édition est « La Nature »… ça ne pouvait pas mieux tomber ! J’ai quitté Nantes il y a dix mois, et cela me fait un pincement au coeur de retrouver la vie culturelle nantaise au coeur du Japon !

Comme je le disais précédemment, je suis essentiellement venue à Kanazawa pour y découvrir le célèbre jardin Kenrokuen, l’un des trois plus beaux jardins du Japon.
Mais, Kanazawa, ville de 460 000 habitants a bien d’autres atouts à faire valoir ! 
En juin 2009, la ville a été inscrite au « Réseau des villes créatives » créé par l’UNESCO pour favoriser les partenariats et les échanges internationaux entre les villes qui développent leur industrie créative et culturelle. 7 domaines y sont représentés : les arts populaires et artisanaux, le design, le cinéma, la gastronomie, la littérature, la musique et les arts numériques. La ville de Kanazawa y figure dans le domaine des arts populaires et artisanaux.

Commençons la visite par le sublime jardin Kenroku-En !

Le Jardin Kenrokuen est un sublime jardin japonais d’une superficie de 11 hectares situé à proximité du Château de Kanazawa. Fondé en 1676 par la famille Maeda qui dirigeait le domaine de Kaga, ce jardin a été entretenu génération après génération pendant 180 ans. Détruit par un incendie puis restauré dans la seconde moitié du XVIIIe, il n’a été réouvert au public que dans les années 1870.

Le nom « Kenrokuen » signifie littéralement « jardin aux six aspects ». Il lui a été donné car il bénéficie des six spécificités nécessaires qui constituent le jardin japonais idéal : l’espace, la sérénité, la vénérabilité, le panorama, le travail humain et le cours d’eau.  

Avant de commencer la visite du jardin, quelques notions sont nécessaires pour mieux appréhender la conception des jardins japonais…  Au Japon, l’aménagement des jardins est un art important et respecté dans lequel les religions et les croyances jouent un rôle essentiel. Restituer le réel au moyen de l’artifice, voilà le grand défi du jardin japonais ! Des panoramas entiers sont ainsi reproduits grâce à la technique du shakkei, qui consiste à rétrécir ou à agrandir un paysage. La composition d’un jardin japonais repose sur trois grands principes : la reproduction de la nature en miniature (montagnes, collines, lacs, rivières, mer), le symbolisme (les rochers tiennent une place essentielle dans la culture animiste en qualité d’abri des esprits divins, les kami) et la capture de paysages : les jardins japonais ne se révèlent jamais complètement à la vue, pour des raisons esthétiques. Ils sont par ailleurs systématiquement clos par des haies, des grands arbres, des palissades ou clôtures en bambou. 

Le jardin Kenrokuen réunit effectivement tous les aspects de l’excellence pour un jardin japonais !

Il comporte un grand étang artificiel nommé « Kasumigaike » que l’on prend le temps de contempler en faisant une pause sur l’une des petites collines ou l’un des pavillons environnants. Au centre de l’étang, se trouve une île sur laquelle, selon les croyances, un sage ermite immortel vivait. Cette île symbolise l’espérance de la longévité et de la prospérité.

L’ ambiance de la  balade est très zen dans ce jardin où l’on se promène en écoutant le clapotis des ruisseaux et où l’on passe d’une rive à l’autre de l’étang en traversant des ponts en pierre ou sculptés en bois. Un bon endroit pour y faire des rencontres et accepter la proposition d’un couple de japonais qui voulait être pris en photos à mes côtés, avec Couinn-Couinn ma mascotte.

On y observe les carpes koï orangées, le plus prisé des poissons d’ornement. Ce poisson emblématique du Japon, symbole de courage, de force et d’amour, figure sur pratiquement toutes les estampes et les peintures japonaises des grands maîtres.

L’eau est très présente dans le jardin. Elle a bien sûr un rôle esthétique important, mais surtout un rôle purificateur que l’on retrouve dans le shintoïsme comme dans la tradition bouddhiste. Ici, une jolie fontaine jaillit dans l’étang… un peu plus loin, une lanterne de pierre aux pieds courbes qui est devenue le symbole de Kenrokuen jouxte la maison de thé. Cette lanterne est nommée kotoji à l’image des chevalets placés sous les cordes des instruments traditionnels pour les accorder, comme sur le Koto, la cithare japonaise. Les lanternes sont apparues avec la création des jardins de thé pour en éclairer l’accès le soir et décorer dans la journée. Elles sont en bronze, en pierre ou en bois.

L’étonnante variété des paysages du jardin s’appuie sur 183 espèces de végétaux qui constituent près de huit mille arbres. Le jardin change ainsi d’apparence et de couleurs au gré des saisons… Pruniers et cerisiers en fleurs au printemps, azalées et iris au début de l’été, les feuilles teintées de rouge des cerisiers et des érables à l’automne. Les plantes d’un jardin japonais sont principalement choisies selon des critères esthétiques en fonction de leur capacité à mettre en valeur certaines parties du jardin ou à fleurir à différents moments de l’année. Certaines d’entre elles sont choisies pour des raisons religieuses, comme les mousses, le lotus sacré ou symboliques, comme le pin qui représente la longévité. 70 espèces de mousses tapissent les sous-bois au pied de bonsaïs géants, taillés pour certains depuis plus de cent ans. On trouve également de nombreux camélias, des rhododendrons, des saules, des ginkgos, des cèdres du Japon et des bambous bien sûr…

Les arbres sont taillés de manière à laisser passer le regard et poussent généralement inclinés pour permettre de meilleurs reflets dans l’eau. En hiver, les visiteurs peuvent admirer le paysage de Yukizuri, lorsque les jardiniers installent des filins et un système de « béquilles » pour soulager les branches d’arbres du poids de la neige. On peut voir ce système de « béquilles » sur de nombreux arbres très âgés.

Enfin, pour compléter le tableau, ici et là, des « pas japonais » ponctuent la pelouse et les massifs. Ce sont des dalles de pierres ou des rondins posés sur le sol pour rejoindre facilement les pavillons de thé sans salir son kimono à travers la pelouse ou les massifs d’arbustes…

La découverte du parc est romantique à souhait !

Le château de Kanazawa

Le château de Kanazawa est un complexe fortifié construit à proximité du jardin Kenrokuen et du musée d’art. Vous pouvez donc grouper ces trois visites dans une même journée.

Le château n’a pas été pour moi une visite inoubliable et je n’y ai pas passé beaucoup de temps. Comme le jardin Kenrokuen, il a été édifié en 1583 à l’initiative de la famille Maeda (clan Kaga) et il témoigne des multiples reconstructions réalisées suite aux divers séismes et incendies qui l’ont frappé. Le donjon principal n’existe plus, et seuls les murs de pierre du XVIIe et la porte principale ont survécu. J’ai surtout apprécié le parc et ses cerisiers en fleurs. 

Le Marché alimentaire d’Omicho

Ceux qui me suivent dans mes voyages savent que je ne peux visiter une ville sans aller faire un tour sur son marché… Kanazawa n’y a pas fait exception et je suis allée faire un tour au marché d’Omicho, à deux pas de la gare de Kanazawa.

Ce sont presque deux cent boutiques qui accueillent les consommateurs locaux et les touristes dans les allées couvertes de ce grand marché  populaire. En 1721, date de sa création, le marché était essentiellement réservé à la famille de Maeda du domaine de Kaga. Mais, depuis 1904, le marché s’est ouvert au grand public local et aux touristes.

La majorité des échoppes vend du poisson et des fruits de mer, mais on y trouve également à profusion viandes, légumes, pâtisseries, boissons, saké, vêtements, ustensiles de cuisine… L’occasion pour moi de découvrir des étals de pousses de bambou, un légume aux multiples vertus nutritives et de racines de wasabi, cette plante aquatique destinée à préparer la pâte de wasabi. Souvent appelée à tord « moutarde japonaise », elle accompagne notamment les plats de sushis, makis ou sashimis. 

De quoi m’ouvrir l’appétit ! 

Heureusement, il est possible de demander à goûter les produits lorsque l’on fait le tour du marché et de s’installer dans l’un des nombreux restaurants très appréciés des visiteurs. Prévoyez pas mal d’attente à l’heure du déjeuner avant de déguster un bol de soupe miso, des tempuras, sushis, sashimis, crabes ou poissons fraichement pêchés dans une ambiance particulièrement animée et bruyante !

HIGASHI CHAYA, l’ancien quartier des maisons de Geisha

Comme à Kyoto, une promenade dans le quartier des geishas s’impose. Mais, j’ai l’impression qu’elle se font encore plus rares ici qu’à Kyoto ! Elles sont discrètement installées derrière les murs des maisons où elles officient, notamment dans le quartier Higashi Chaya, le plus grand quartier de maisons de thé à Kanazawa. Les maisons en bois qui ne laissent rien filtrer à l’extérieur sont remarquablement préservées et sont classées au Patrimoine culturel du Japon. En se promenant dans le quartier, on entend juste le son du shamisen, la guitare à trois cordes japonaise, s’échapper dans les petites ruelles.

Ce monde secret s’entrouvre pour les visiteurs au cours de démonstrations de danse et de musique proposées dans d’anciennes maisons de thé. Des affiches sur les maisons de thé indiquent les jours et les horaires des représentations. L‘Association touristique de la ville organise également un spectacle de Geisha tous les samedis dans chacun des trois quartiers de maisons de thé de la ville. 

L’intérêt du quartier réside aussi dans la découverte de différents aspects de la culture traditionnelle et de la richesse de l’artisanat de Kanazawa.

Voici quelques suggestions de visites :

  • Musée du théâtre de nō.  Il vous permettra de découvrir cet art et une remarquable collection de masques et de costumes.
  • Ateliers de luthiers-artisans. Ils contribuent à maintenir vivante la fabrication et la pratique d’instruments de musique traditionnelle comme le koto (la cithare japonaise) ou le shamisen  (guitare à trois cordes japonaise). Certains ateliers ouvrent leurs portes aux visiteurs.
  • Cérémonie du thé. La cérémonie du thé est appelé Chanoyu en japonais. Ce rituel culturel tire ses origines des rituels zen chinois et provient d’une discipline connue sous le nom de Chadô ou la Voie du théLa voie du thé est à la fois un art et une philosophie qui permettent d’atteindre l’accomplissement et la sérénité spirituelle.’ il s’agit d’un rituel extrêmement codifié au cours duquel un petit groupe de personnes savourent un bol de thé matcha soigneusement préparé par un maitre du thé. 
  • La technique traditionnelle de teinture des tissus de soie. Le terme « Yuzen » désigne une technique traditionnelle de teinture des tissus de soie destinés aux kimonos ou de produits fabriqués à partir de cette technique. Les « Kaga Yuzen » de Kanazawa sont parmi les plus renommés.
  • Les magasins d’artisanat de la ville proposent toute une gamme de démonstrations et d’ateliers telle que la décoration d’objets en laque, en céramique ou le travail des feuilles d’or utilisées pour des produits cosmétiques et certains aliments.
 Ce que je n’ai pas vu…
 

Le Musée d’Art contemporain du 21ème siècle de Kanazawa qui s’est ouvert en 2004. Avec son architecture en forme de soucoupe volante, ses murs recouverts de verre et son bâtiment à cinq entrées, il est considéré comme un jardin ouvert sur la ville. Le musée expose des œuvres d’art contemporaines de type expérimental,  mais ce sont les œuvres ludiques et les commandes spéciales qui font la richesse et la réputation mondiale de cet établissement. L’installation la plus populaire est la piscine de Leandro Erlich, un faux bassin qui permet au visiteur de marcher sous l’eau…

L’ancien quartier des samouraïs à Naga-machi. La ville de Kanazawa s’est développée autour de son château où se trouvaient les résidences des samouraïs (guerriers japonais) et celles de la haute classe de la société. L’aspect des résidences a changé mais les étroites ruelles et les murs en boue conservent cependant encore intacte l’ambiance de l’époque et mènent jusqu’à la maison Nomura, la résidence de hauts dignitaires où est restituée avec soin la vie intime des samouraïs.

 Fin de mon trop court séjour à Kanazawa.

Je n’ai pas eu le temps de participer à une cérémonie du thé ou à une démonstration de danse ou de musique. Je pars pour Tokyo où va s’achever mon séjour au Japon, ainsi que mon premier grand voyage au long cours de dix mois.

Informations pratiques

 Comment venir à Kanazawa ?

  • Depuis Tokyo, 2h30 de train par le JR Shinkansen Hokuriku (environ 16.000¥ / 140 € ou gratuit avec le Japan Rail Pass).
  • Depuis Kyoto, 2h à 2h30 de train par le JR Limited Express (environ 7.000¥ / 61 € ou gratuit avec le Japan Rail Pass).

 Hébergement :

Hôtel Mystays : Très bon accueil et bien situé près de la gare.

 

Bureau d’informations touristiques de Kanazawa

A ne pas louper. Une mine d’informations ! Il se trouve dans la gare, 1 Hiro-oka-machi – Kanazawa

 

Le jardin Kenroku-en

Le Musée d’Art contemporain

  • Ouvert de 10h à 18h (fermeture à 20h le vendredi et le samedi)
  • Fermé le lundi (ou le lendemain si le lundi est férié) et pendant les fêtes de fin d’année.
  • Tarif : variable selon les expositions
  • Adresse 1-2-1 Hirosaka
  • Web : http://www.kanazawa21.jp/en/

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