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Un lac unique au monde, le Tonle Sap au Cambodge

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Départ pour le petit village de Kompong Khleang…

 

J’ai quitté la chaleur de Siem Reap et le charme des temples d’Angkor pour me rendre en bus à Kompong Khleang situé à 47 km de Siem Reap. C’est l’un des villages point de départ pour visiter le lac Tonle Sap, un lac dont on dit qu’il est unique au monde et dont le nom signifie en Khmer « grande rivière d’eau douce ».

Pourquoi le lac Tonle Sap est unique au monde…

  • C’est le plus grand réservoir d’eau douce d’Asie du Sud-Est
  • Il a été classé “Réserve de Biosphère” par l’Unesco en 1997 pour sa valeur écologique, économique et sociale
  • C‘est un lac exceptionnellement poissonneux, avec 200 espèces différentes de poissons. Il fournit plus de 75 % du volume annuel de pêche en eau douce du pays et 60 % de l’apport en protéines de la population cambodgienne
  • C’est l’une des zones les plus productives au monde qui fait vivre et donne un moyen de subsistance à près de trois millions d’habitants vivant dans la région
  • Il possède un système hydraulique unique et ingénieux détaillé ci-dessous.

Le lac Tonlé Sap a pour particularité de se vider et se remplir au gré des moussons et de la fonte des neiges. Lorsque la neige des sommets himalayens fond et que la pluie tombe sur les plaines, les eaux du Mékong sont en crue. Le fleuve grossit alors, mais, près de Phnom Penh, le courant est suffisamment fort pour détourner la rivière Tonlé Sap de son cours, et pousser les crues vers le lac Tonle Sap. Le fleuve Tonlé Sap, qui porte le même nom que le lac, inverse son courant deux fois par an et sert ainsi de valve de sécurité contre les inondations.  La superficie du lac passe de 3000 km2 durant la saison sèche à 16 000 km2 pendant la saison des pluies, soit cinq fois sa surface d’origine. Sa profondeur change également deux fois par an, passant d’environ 50 cms de profondeur en avril à 9 mètres de fond en septembre et octobre. En accueillant ce volume d’eau, le lac sauve le delta du Mékong de l’inondation et va libérer de l’eau plus en aval. Pendant la saison sèche, le lac reprend son cours habituel et les eaux du lac coulent à nouveau vers le Mékong.

Grâce à ses capacités d’adaptation à la nature, le lac se comporte en véritable régulateur pour le Mékong. La nature est bien faite, non ? 

Il y a plusieurs villages de départ pour naviguer sur l’immense lac Tonlé Sap 

Tous les hôtels ou guesthouses de Siem Reap vous aideront à organiser votre déplacement dans l’un des trois principaux villages flottants.

  • Le village flottant de Chong Kneas

C’est le plus proche des villages, situé à 15 km de Siem Reap. Sa proximité en a fait un “village à touristes” où de nombreuses arnaques ont lieu d’après l’office de tourisme cambodgien.

  • Le village sur pilotis de Kampong Phluk

Situé à une trentaine de kilomètres de siem Reap, c’est un village situé dans un environnement spectaculaire, au milieu de mangroves et d’une forêt. Le village est très fréquenté par les touristes lors de la saison des pluies, entre août et novembre lorsque le niveau de l’eau est haut. En cours de saison sèche, lorsque le Tonlé Sap est au plus bas, le village perd de son intérêt puisque la forêt n’est plus inondée et que le village n’est plus flottant.

  • Le petit village de Kompong Khleang

C’est celui que j’ai choisi et cela s’est révélé être un bon choix. J’avais demandé à ma guesthouse à Siem Reap de m’organiser une journée avec un chauffeur de tuk-tuk qui me conduirait dans le village le plus authentique où je pourrais visiter un marché (ma passion !) et rencontrer la population locale. Ce village, qui est le plus éloigné de Siem Reap (50 kms), avec un accès sur une route chaotique et poussièreuse a conservé un mode de vie très traditionnel en raison d’une fréquentation touristique assez faible.

Il présente l’intérêt d’avoir une partie du village avec des maisons sur pilotis et une autre partie avec des maisons flottantes sur le lac. Dès l’entrée dans le village, les maisons sont sur pilotis et je ne comprenais pas bien pourquoi alors qu’il n’y avait pas d’eau… Je l’ai compris lorsque l’on m’a expliqué les variations hydrauliques du fleuve.

De plus, il y a dans le village un joli petit marché cambodgien traditionnel avec une grande diversité de produits. Dans le village, tout le monde travaille très jeune ! La vie s’organise autour de la pêche et de l’agriculture, et les enfants y participent de façon importante. Je comprends la nécessité économique pour les familles de faire travailler leurs enfants, mais comme à Madagascar où les jeunes enfants travaillent très dur , cela me fend toujours le coeur !

Sur le marché du village, au côté des fruits et légumes, le poisson est roi !

A côté de la production locale de légumes, l’essentiel du marché est consacré à la vente et la préparation des poissons, sous toutes ses formes. Le poisson est vendu frais, en brochettes, fumé ou salé et séché.

Il existe essentiellement deux sortes de poissons dans le lac et dans le Mékong, constituant ainsi la plus grande réserve de pêche intérieure au monde :

  • les poissons noirs qui sont des espèces autochtones qui ne quittent jamais le lac : silures, perches, poissons à tête de serpent
  • et les poissons blancs qui sont des espèces migratoires qui viennent du Mékong où ils se reproduisent.

Il se dégage des environs du marché une odeur âcre un peu difficile à supporter avec la chaleur…

Après les maisons sur pilotis sur les berges, les maisons flottantes au milieu du lac…

J’ai quitté le marché du village pour prendre un bateau et naviguer sur le lac. Je suis un peu étonnée de l’âge du pilote qui est un jeune adolescent, mais ici, cela n’a rien d’étonnant. Nous sommes trois touristes à bord et entamons lentement notre progression vers le lac. 

Plus les habitations sont proches du lac et plus les habitants ont adapté la hauteur de leurs habitations en les construisant sur pilotis, jusqu’à une hauteur de 15 mètres.  Ce mode de vie, tantôt les pieds au sec, tantôt les pieds dans l’eau leur semble tout à fait naturel et leur mode de vie s’est adapté aux différences du niveau d’eau du lac.

La vie y est très animée et en contact total avec la nature. Les enfants semblent heureux de voir des touristes et nous adressent leurs sourires et signes de la main. 

20 minutes après le départ, nous sommes réellement sur le lac et je regarde avec bonheur ces nombreuses petites maisons flottantes qui se déplacent et s’adaptent constamment à leur environnement comme des habitations nomades. Certaines sont isolées, d’autres se regroupent pour former des petits villages flottants. Ce sont de vraies maisons et des commerces où les gens vivent, travaillent et se déplacent en barque pour faire leurs courses, aller à l’école, à l’église et rendre visite à leurs voisins.

Lorsque les pêcheurs ne sont pas sur l’eau, ils sont dans les champs et rizières sur les bords du lac

La population locale est polyvalente, vit au rythme du Mékong et du lac et change de métier en fonction de la saison. Les pêcheurs deviennent agriculteurs et producteurs. 

Lors de sa crue, le lac envahit les forêts et les champs avoisinants. Les eaux descendantes déposent alors de riches couches nutritives de sédiments dans la région, ce qui en fait une terre propice à l’agriculture pour le reste de l’année. Les rizières donnent deux récoltes de riz, la première lors de la montée des eaux (culture de crue) et l’autre lorsque le niveau descend (culture de décrue). Les paysans y ajoutent souvent une « culture dérobée », c’est-à-dire la pousse rapide de légumes à n’importe quel moment de l’année où le sol n’est pas sous l’eau !

Tout est intimement et naturellement  lié…

Ce lac est malheureusement aujourd’hui menacé par les barrages construits sur le Mékong

La Chine, la Thaïlande, le Laos et le Cambodge prévoient de construire onze barrages dans les prochaines années afin de participer à leur développement économique et répondre à la demande grandissante en électricité. Sept de ces barrages seront construits au Laos, deux au Cambodge et deux à la frontière entre le Laos et la Thaïlande.

L’équilibre du lac est en danger et compromis par le développement économique des pays riverains, par sa surexploitation, par le déboisement des collines qui entraîne le déversement de limon et de pesticides des exploitations agricoles environnantes, par la déforestation massive, par la croissance énorme de la population (forte arrivée de vietnamiens) sur le lac, par la construction de barrages sur le Mékong… 

Plus d’un million de poissons du Mékong risquent ainsi de disparaître ! 

Malgré de réelles menaces écologiques et environnementales, le lac reste un très bel endroit, unique, où la population souriante, calme et sereine vit au rythme de la nature.

J’espère que ce reportage et ces photos vous auront donné envie d’aller voir ce lieu unique tant qu’il en est encore temps !

Pour ma part, je reprends la route et pars découvrir le Vietnam

4 Commentaires

  1. Paul Doremus

    Super reportage que j’avais déjà vu à la télé. Bien intéressant de revoir. Merci

    • Hélène

      Merci ! C’est vrai que ce lac est impressionnant et que son avenir est menacé par la construction de barrages sur le Mékong, comme beaucoup de sites naturels…

  2. Millac Girardeau Nathalie

    Très beau témoignage. Nous avons traversé ce Lac, de Siem Reap à Phnom Penh, lors de notre premier voyage au Cambodge avec notre ami Siphannal, originaire de ce pays.Durant les 6 h. de traversée, nous n’avons, malheureusement, pas pu voir grand chose de ce magnifique endroit.Et, nous espérons bien pouvoir prendre contact avec les habitants des villages flottants lors d’un troisième voyage dans ce si beau pays. Nathalie et Sébastien

    • Hélène

      Merci Nathalie et Sébastien ! Moi aussi, j’ai envie de retourner au Cambodge, de découvrir le sud du pays et d’y passer plus de temps.En attendant, je vais continuer à mettre mon blog à jour… De nombreux reportages à venir. Je vous souhaite de beaux voyages !

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