Cambodge

Devoir de mémoire à Phnom Penh au Cambodge

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En venant à Phnom Penh, je tenais absolument à en savoir un peu plus sur l’histoire du génocide de la population cambodgienne.

Je suis donc partie visiter le Musée de Tuol Sleng à Phnom Penh, anciennement appelé “prison S-21” et communément nommé “Musée du génocide”, ainsi que le site d’extermination de Choeung Ek dénommé “Killing Fields”. 

Le musée qui abrite un centre de documentation, les anciennes salles de torture et une partie des archives des Khmers rouges est devenu l’un des lieux les plus visités dans la capitale cambodgienne.  Le Musée était autrefois une ancienne école,  transformée par les khmers rouges en prison. Ce que j’y ai vu et appris m’a bouleversée. Et j’ai ressenti quelques scrupules à ne pas en connaître davantage auparavant sur cette page d’une Histoire écrite si récemment, il y a 40 ans seulement. 

Le site de Phnom Penh où se déroulaient les exterminations et les tortures organisées par Pol Pot entre 1975 et 1978 est impressionnant et les visiteurs équipés d’audio-guide sont plongés dans une horreur indescriptible. C’est un spectacle étrange de voir des touristes de tous âges et de toutes nationalités déambuler en short et tongs, dans le plus grand recueillement entre les charniers. Nous nous succédons à chaque borne d’écoute, avec nos regards et nos silences qui se croisent. J’ai l’impression que les touristes ont du mal à croire ce qu’ils écoutent et voient, à croire aux atrocités que ce peuple a dû subir il y a à peine 40 ans,  

Plus de 300 000 personnes ont été exécutées sur ce site à Phnom Penh dans des conditions inhumaines.

Et environ 2 à 3 millions de personnes sont mortes de maladie, de privation ou de sévices. Torture, assassinats, exterminations collectives, famine, déportations, persécutions raciales et religieuses, toutes formes d’oppression et de contrôle de la population étaient pratiquées sous ce régime sanglant.

Le stupa où les crânes et les os s’accumulent, classés par tranches d’âge,  donne juste envie de pleurer. 

Les visiteurs, consternés par ces récits, accrochent des bracelets sur les sites des charniers ou sur l’arbre sur lequel les enfants étaient fracassés jusqu’à la mort. 

Plus loin, ce sont des vitrines qui contiennent les vêtements des victimes. Le personnel d’entretien du site voit toujours, 40 ans plus tard, remonter des vêtements du sous-sol et des fosses de charniers lors de grandes pluies ou de la mousson. Il est interdit aux visiteurs de ramasser ces pièces de tissu qui font partie de l’histoire du site.

Dès l’entrée dans le musée, le visiteur est happé par les peintures de Vann Nath qui a retranscrit les scènes de torture et la vie quotidienne au centre, à l’endroit même où les bourreaux  torturaient leurs victimes. Vann Nath est l’un des sept survivants du centre de détention S-21. Sur les 16 à 20 000 prisonniers de Tuol Sleng, personne ne s’est échappé. À la libération du camp, il y avait sept survivants. Vann Nath n’a dû sa survie qu’à sa peinture que Pol Pot préférait à celle d’autres peintres emprisonnés avec lui, tous exécutés. Il devra alors peindre de manière forcée pour les dirigeants Khmers rouges. Duch, l’impitoyable directeur de Tuol Sleng, l’épargna car il avait besoin de portraits de Pol Pot. En barrant son nom de la liste des détenus à détruire, il lui laissera le temps de survivre jusqu’à la chute du régime khmer rouge. A la chute du régime, il retrouve la liberté mais ne cesse plus de témoigner pour que personne n’oublie ce qui s’est passé dans le pays durant quatre ans. Il s’est dit « mort mentalement à S-21 » et n’aura par la suite qu’une ambition, celle de témoigner de la terrible réalité de l’époque, à travers des documentaires, livres et expositions, et notamment dans son roman poignant sur son expérience «Dans l’enfer de Tuol Sleng». Vann Nath est décédé le 5 septembre 2011, à l’âge de 66 ans. 

A leur arrivée à S-21, les gardes photographiaient leurs victimes et procédaient à des interminables interrogatoires pour faire craquer les détenus. Dans l’enceinte de l’ancienne prison, on peut lire les règles inhumaines qui régissaient la prison. 

Je crains que mes photos, sorties de leur contexte n’évoquent que très faiblement l’expérience démentielle de Pol Pot et de l’Angkar son noyau militaire. Je ne cesse de me demander comment la population cambodgienne peut se relever d’une telle horreur, et, me demande encore davantage comment des hommes fous ont pu se livrer à une telle cruauté, sous le regard de la communauté internationale.

Je suis heureuse que mon voyage au long cours me permette d’en apprendre ainsi davantage dans chaque pays sur notre Histoire collective. Et, heureuse de voir que les cambodgiens se projettent désormais dans leur avenir.

Prochaine destination, le lac Tonlé Sap, un lac unique au monde classé “Réserve de Biosphère” par l’Unesco…

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