Le slow travel pour un tourisme durable

par | 20 Juin 2019 | Réflexions

Etes-vous adepte du Slow Travel ?

Moi, oui ! Et j’ai fait miennes depuis longtemps ces paroles de Françoise Sagan :

Mon passe-temps favori c’est laisser passer le temps, avoir du temps, prendre son temps, perdre son temps et vivre à contretemps…

C’était une évidence pour moi, en fidèle adepte de la philosophie Slow Food et de la Slow Life en général de devenir une adepte du Slow Travel. Je mets en pratique la philosophie de Slow Food du manger bon, propre et juste depuis une quinzaine d’années mais pour le voyage ce n’est que plus récemment que j’ai pris conscience de ce que ce mode de voyage m’apportait et des bénéfices que les populations locales pouvaient en retirer. Et pour moi désormais, un voyage réussi est un voyage au cours duquel j’ai réussi à intégrer ces quatre ingrédients : découverte physique du pays, apprentissages culturels et culinaires, rencontre et implication auprès de la population et enfin pauses bien-être et remise en forme.

Le Slow Travel : vous connaissez ?

Voyager lentement, c’est surtout voyager différemment. C’est avant tout un état d’esprit et une façon de vivre sa vie en voyage, quelle que soit sa durée ou sa destination.

Pas vraiment de définition du « slow traveller », mais un certain profil… C’est un voyageur qui consomme davantage d’émotions que de prestations ! Il « n’achète » pas un voyage « all-inclusive » mais il aime le concevoir et le préparer avec passion. Et il sait que lorsque l’on ne voyage pas dans un cadre organisé, il faut savoir se ménager du temps pour les belles rencontres, les imprévus, la fatigue, les bonnes et mauvaises surprises. Il privilégie le cumul d’expériences au cumul de visites et aime s’écarter des lieux « à ne pas manquer » ou « incontournables » comme l’écrivent les guides de voyage. L’idée, c’est plutôt de s’imprégner d’un lieu et de ses habitants plutôt que de cocher les sites à voir sur une bucket list, en se disant avec le sentiment du devoir bien accompli « ça, c’est fait, ça, c’est fait… »

Le voyageur adepte de lenteur fait le choix et l’effort de s’adapter à des modes de vie et à des cultures différentes de la sienne et fait preuve d’une curiosité bienveillante pour le pays qu’il visite en privilégiant des modes de transport doux, en respectant son environnement et sa population. Enfin, il consomme les produits de l’agriculture traditionnelle du pays et achète de l’artisanat fabriqué localement. Lorsqu’il dispose de temps, dans le cadre d’un long voyage, le « slow traveller » aime aussi partager ses savoir-faire dans un projet de volontariat ou de bénévolat auprès d’une association locale.

Mon expérience de Slow travelleuse

Je dois faire mon méa-culpa et reconnaître que je j’ai pas toujours été une voyageuse qui prenait son temps. Je peux même dire que j’ai réalisé mon premier voyage qui m’a menée en Afrique australe, Inde et Asie durant dix mois de façon un peu boulimique. Pour des raisons qui s’expliquent…

J’ai effectué ce grand voyage à plus de 60 ans, quelques mois après mon départ en retraite et quelques années après avoir combattu un cancer. Je m’étais faite la promesse que si j’y survivais, j’irais rencontrer nos « voisins du monde ». J’étais très motivée, mais aussi un peu angoissée à l’idée de partir seule et de ne pas parvenir au terme du voyage que j’avais envisagé pour des raisons de santé physique ou de force mentale et psychologique. J’étais une apprentie voyageuse et je voulais voir le plus de sites exceptionnels, de lieux incontournables… sans traîner en route et « perdre du temps » -:) Depuis, je suis passée de la globe trotteuse hyperactive à la slow travelleuse contemplative et apaisée. J’ai réellement commencé à « lâcher-prise » et à me mettre en mode slow quand je suis arrivée au Laos, après huit mois de voyage. C’est le pays qui a tout déclenché. Le pays où je me levais chaque matin en me disant « qu’est-ce que je suis heureuse ! »

J’ai alors décidé de prendre mon temps, de diminuer la fatigue liée aux multiples transports, aux excursions ou activités programmées, aux changements permanents d’hébergements, à la perte de mes repères… Etre mobile de façon permanente est excitant mais quand on pratique durant plusieurs mois un mode de vie nomade, cela finit par devenir épuisant physiquement et psychologiquement. Au début, je culpabilisais en pensant à tout ce que je n’avais pas vu, en me disant que je dépensais de l’argent à ne rien faire… Puis, j’ai appris à ne pas être esclave de ce que les guides de voyage appellent « les sites incontournables » où tous les touristes se retrouvent et font les mêmes photos. Sur les bords du Mékong, j’ai donc appris à « lâcher-prise », à me laisser porter par le rythme de la vie locale (particulièrement lent…) et à profiter à 100% du moment présent.

J’ai essayé d’adopter ce mode de vie lors d’un deuxième voyage de neuf mois en Amérique du sud, mais le naturel a eu tendance à revenir au galop, tant je voulais me remplir des paysages époustouflants que je traversais.

Le slow travel, c’est tout un apprentissage et un art que je vais m’appliquer à cultiver dans mes prochains voyages !  

 

Le Slow Travel : mes 6 conseils 

 

1. Choisir un mode d’hébergement qui favorise les rencontres

La location d’un appartement, d’un bungalow ou d’une maison favorise les contacts avec les « vrais gens » et la « vraie vie ». Tout d’abord, on rencontre des propriétaires qui sont bien souvent une mine d’informations sur la vie locale. Ensuite, quand on reste dans le même logement une semaine ou plus, on prend un rythme naturel dans un quartier. On va prendre son petit café le matin au bistrot du coin en écoutant les discussions des locaux, on va faire son marché et discuter avec les producteurs, on va déjeuner dans une petite gargote sympa où le personnel est généralement familial et chaleureux. Et petit à petit, on apprend un peu de vocabulaire pour faire ses achats et échanger… Il m’arrive même d’acheter la presse locale pour ressentir la vie du pays à travers les photos ou dessins de presse, même si je ne comprends pas la langue. Vous verrez, on apprend beaucoup plus sur la vie de la région ou du pays, sur sa culture, sur ses problèmes économiques, politiques et sociaux avec tous ces gens rencontrés que dans les guides touristiques ! Et en plus, cela vous rendra beaucoup plus accessible et sympathique aux yeux des populations locales.

Autres avantages d’une location, vous vivez à votre propre rythme, vous récupérez mieux de la fatigue du voyage et cela vous coûte moins cher. Vous n’avez pas à quitter votre chambre pour que le ménage soit fait, vous pouvez y laisser en confiance votre appareil photo, ordi et autres objets de valeur, vous diminuez les risques d’oublier un chargeur, une paire de lunettes… (c’est du vécu) en changeant d’établissement tous les deux jours. Autres arguments qui me font sourire alors que j’ai choisi d’avoir une vie nomade, j’aime pouvoir faire ma lessive, ma vaisselle, mettre mes vêtements sur des cintres et m’acheter un bouquet de fleurs pour « mon » appartement comme si j’allais y rester. 

En fait, j’aime me fondre dans la vie locale. Quand je me balade, je troque le sac à dos pour un sac en bandoulière plus « urbain » dans lequel reste caché mon appareil photo, et le plan de la ville est téléchargé sur mon appareil photo (application Maps.me) que je consulte discrètement pour me repérer. Je finis par avoir l’air tellement « chez moi » qu’assez souvent des touristes me demandent des renseignements, lorsque les différences de couleur de peau ne trahissent pas mon statut de voyageuse de passage.

2. Prendre le temps de fréquenter les marchés, de découvrir l’agriculture locale et de prendre des cours de cuisine

Cela fait partie de mon rituel quand j’arrive quelque part. Je me renseigne tout de suite sur les adresses et horaires des marchés.

J’aime consommer local et découvrir la diversité et la richesse des étals. Je suis « gourmande des yeux », mais fais peu de courses à chaque fois. Je préfère retourner chaque jour chez différents commerçants ou retrouver le lendemain un commerçant avec lequel j’aurais entamé une conversation sympathique la veille. Je suis comme une enfant qui demande sans cesse aux producteurs « c’est quoi çà ? comment ça s’appelle ? comment ça se prépare ? Ils me font goûter et répondent toujours avec amusement et bienveillance.

Dans un deuxième temps, je me renseigne sur les cours de cuisine. C’est un bon moyen pour découvrir dans des conditions conviviales de nouvelles saveurs et connaître des produits locaux que l’on aurait pas goûtés spontanément dans un restaurant. Et, c’est un plaisir d’apprendre à réaliser des recettes traditionnelles que l’on proposera à ses amis au retour !

3. Rencontrer des enfants dans les écoles

Quand vous le pouvez, allez faire un tour dans une école et demandez à l’enseignant-e si vous pouvez parler de votre voyage et de votre pays. Je profite généralement de l’heure de la récréation ou de celle du déjeuner pour demander quand je peux passer. Ça donne lieu à pas mal d’excitation dans la classe, mais c’est super d’échanger avec les enfants, de voir leur curiosité et de répondre à leurs questions.

J’apporte avec moi un globe terrestre gonflable et montre aux élèves où se trouve leur pays et où se trouve le mien. Je crois, que tous pays confondus, quand je leur demande ce qu’ils connaissent de la France, le nom de Zidane vient toujours en tête juste devant la Tour Eiffel. Je leur raconte aussi que j’ai deux petits-enfants et leur montre des photos. Cela les fait toujours rire de voir des enfants occidentaux ! J’aime aussi discuter avec des mamans et les jeunes enfants que je croise. Voyez l’ambiance sur ces quelques photos prises en Birmanie, en Namibie, en Tanzanie, au Mozambique, au Laos et sur l’île de Sulawesi. 

4. Privilégier les transports doux et locaux 

Voyager lentement, c’est aussi faire du bien à notre planète en diminuant les transports aériens et en privilégiant les trajets en bus, train ou bateau d’une ville à l’autre ou pour franchir les frontières. En plus de l’économie financière que cela représente, cela permet de diminuer son empreinte écologique, ce qui n’est pas négligeable quand on voyage sur une longue durée.

C’est aussi le meilleur moyen pour rencontrer les populations locales et pouvoir admirer les paysages en toute tranquillité à pieds, à cheval, en vélo, en tuk-tuk, rickshaw, moto-chiva, bemo, cidomo (charette à cheval), pirogue… En plus, sur un long trajet, je trouve que cela a un caractère excitant de passer concrètement les frontières en bus et de se dire « je sors du Chili et j’entre en Argentine »… J’aime la sensation de passer une frontière, avec un drapeau national différent de chaque côté des bureaux de douane, une culture et une monnaie différentes et quelquefois aussi une langue différente. C’est comme si une nouvelle aventure commençait à chaque fois, alors qu’en avion, on ne s’aperçoit pas de cette réalité. 

5. Avoir le temps de s’investir auprès d’associations, faire du volontariat ou du bénévolat

Voyager utile, et pas futile… ça change tout ! Ma première expérience de volontariat s’est déroulée à Katmandou au Népal auprès de l’ONG WCN (Worldlife Conservation of Nepal). J’y ai fait de la formation aux techniques de communication et d’organisation événementielle auprès du personnel de l’association et d’étudiants en sciences de l’environnement. L’objectif était de les aider à organiser une expo-photo en plein air pour sensibiliser la population et les touristes à la protection de la faune et de la flore au Népal. J’y suis partie dans le cadre d’un congé solidaire grâce à un partenariat signé entre mon employeur (Conseil départemental de Loire-Atlantique) et l’ONG de solidarité internationale Planète Urgence. Une expérience qui m’a marquée et qui m’a incitée à donner du sens à mes voyages. J’ai beaucoup aimé être impliquée dans la réalisation d’un projet local et être intégrée à une équipe-projet dans laquelle les partages de savoir-faire et de compétences ont été enrichissants pour tous. 

Un peu plus tard, j’ai eu la chance de partager la vie de l’association HISA (Hope Initiatives South Africa & Namibia) en Namibie. L’association assure l’éducation et fournit une alimentation saine aux enfants de Katutura, le plus grand bidonville de Windhoek la capitale de Namibie afin de briser le cycle de la pauvreté de cette population. HISA est soutenue par l’association Slow Food international dans le cadre du très beau projet 10 000 jardins potagers en Afrique.

Puis, c’est en Tanzanie, au Mozambique et à Madagascar que j’ai eu l’occasion de rencontrer différents acteurs de Slow Food autour de ce même projet. J’ai notamment rencontré dans le nord de la Tanzanie une association de femmes à Ngurdoto qui se bat pour préserver une agriculture capable de nourrir les communautés locales sans dévaster l’environnement et en préservant la biodiversité alimentaire. Elles souhaiteraient inscrire leur projet dans le cadre d’une offre de tourisme responsable et je vous encourage à les rencontrer lors d’un séjour pour un trek sur le Kilimandjaro ou d’un safari dans les grands parcs animaliers. Vous serez reçus par des danses et des chants, découvrirez les produits agricoles locaux dans les potagers, participerez à les cuisiner avant de les déguster ! Vous pourrez aussi y faire vos achats de souvenirs artisanaux authentiques.

Un dernier exemple de ma conception du Slow Travel, lors de mon voyage au Laos… En me promenant tranquillement et sans programme le jour de mon arrivée à Luang Prabang, je suis tombée sur une petite annonce qui m’a interpellée dans une bibliothèque. C’était l’annonce d’un jeune moine Phone qui recherchait des touristes francophones pour lui donner des cours de français pendant leur séjour. Aussitôt lu, aussitôt fait ! Je suis devenue le professeur de Phone, qui a son tour s’est transformé en un guide inestimable pour moi ! 

Autant d’exemples (et j’en ai beaucoup d’autres) où le fait de voyager lentement et différemment m’ont vraiment fait rencontrer la population locale et partager avec eux des moments riches, rares et intenses en émotion. 

6. Se faire du bien !

Dites-vous bien que plus vous prendrez votre temps en voyage, plus vous disposerez d’un état d’esprit ouvert, bienveillant, disponible et curieux, et plus vous ferez de belles rencontres ! J’ai ainsi souvent été invitée à passer des soirées chez des locaux, et même un réveillon du 31 décembre à Bangkok chez une jeune guide de la Maison de Jim Thomson (à voir absolument !) rencontrée l’après-midi. Dans la boutique du site, elle m’a entendu demander s’il y avait un livre de recettes thaïlandaises en français. Il ne restait plus que celui qui était en exposition. Trop heureuse de pouvoir parler français, elle me l’a offert en cadeau le soir du réveillon !

Au sujet de la générosité et du sens de l’hospitalité des populations locales, faites un saut sur l’article où je raconte la soirée passée chez Topik mon guide à Sulawesi. Je ne suis pas très fière de moi, mais j’ai reçu ce jour-là une belle leçon de vie et d’humilité !

Mais, voyager slow, c’est aussi prendre le temps de se reposer, de se ressourcer, de se faire masser, de lire, de se balader sans but, d’apprendre la langue du pays, de regarder les gens passer en sirotant un jus de fruit frais à une terrasse, de s’initier au yoga, au taï chi, à la méditation… et de faire la fête. Ce que j’aime faire aussi dans la plupart des pays, c’est aller chez un petit coiffeur local. C’est généralement tout un rituel avec un vrai long massage crânien. Un vrai régal…

Et vous, comment pratiquez-vous le slow travel ?

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