Sulawesi

Voyage en terre authentique dans le pays Toraja à Sulawesi

Je découvre avec beaucoup d’impatience et d’excitation l’île de Sulawesi

Petit rappel géographique… l’île de Sulawesi (aussi nommée île des Célèbes) est une île d’Indonésie qui est située à 300 kilomètres à l’est de Bornéo et 600 kilomètres au sud des Philippines. 

Ce voyage sur l’île de Sulawesi me tient beaucoup à coeur. Tous les guides que j’ai lus sur cette région d’Indonésie présentent l’île comme une île authentique, traditionnelle et peu touristique.

Exactement ce que je recherche !

Des plages et des chapelets d’îles où pratiquer le snorkeling, une jungle dense qui couvre les montagnes dans l’intérieur du pays Toraja, une population accueillante et des rites culturels et funéraires transmis depuis des siècles…

Exactement ce que je recherche aussi !!!

J’espère ne pas être déçue par l’idée que je m’en fais…

En fait, la découverte a été au-delà de mes espérances et reste des années plus tard comme l’un de mes plus beaux voyages. Même si, physiquement et psychologiquement, cela a été un peu difficile… 

Après deux journées passées dans la famille de Topik à Makassar la capitale de l’île de Sulawesi, je suis partie avec Eko mon jeune guide qui va me faire partager pendant quelques jours sa passion et sa connaissance du pays Toraja et de son peuple qui vit dans le centre de l’île.

Avec Eko, nous prenons la direction de Rantepao en pays Toraja

Le « Tana Toraja » est situé à 374 kms de Makassar. On y accède par une route sinueuse qui grimpe dans un paysage somptueux de rizières en terrasses nichées au pied des montagnes.

Les vues deviennent de plus en plus spectaculaires au milieu de la brume. Il fait chaud et très humide. Les pluies tropicales violentes rendent certains tronçons de route difficilement praticables.

Les hommes et les femmes travaillent dans des conditions très difficiles pour repiquer le riz. Les petites bottes vertes de semence sont repiquées une a une manuellement, et toujours à reculons, afin d’éviter aux planteurs d’écraser au fur et à mesure ce qu’ils viennent de semer. Aucune machine ne peut les remplacer dans ces rizières ! 

Je découvre les « Tongkonan », les surprenantes maisons traditionnelles du pays Toraja 

 

Après six heures de route au milieu d’un paysage très vert, nous voici arrivés dans le centre de l’île de Sulawesi où se dressent fièrement les Tongkonan, les maisons spectaculaires du pays Toraja.

L’ethnie des Torajas est à l’origine un peuple de marins, venus d’Indochine. Repoussés dans les terres au cours de guerres tribales, ils se sont installés dans les montagnes de l’île et se sont inspiré de la forme des coques de leurs pirogues pour construire les toits de leurs maisons. Une autre interprétation, elle aussi maritime est que la forme des toits rappellerait la proue d’un bateau.

Nous arrivons sur le site de Kété Kesu où sont construites de nombreux Tongkonan. Les maisons sont entièrement construites en bois, traditionnellement avec un toit en bambou recouvert de feuilles de palmes. Aujourd’hui, les palmes ont tendance à être remplacées par de la tôle ondulée moins chère et plus résistante face aux intempéries. Les façades sont quant à elles entièrement décorées de panneaux en bois sculptés chargés de symboles. Les habitats sont toujours orientés Est-Ouest, symbolisant le passage de la vie à la mort, de l’aube au crépuscule, selon la culture du pays Toraja.

Les façades des maisons sont généralement ornées d’une ou plusieurs têtes de buffle. C’est un animal sacré qui fait l’objet de tous les soins et de toutes les vénérations pour le peuple Toraja.

Seules les familles les plus riches affichent une tête de buffle albinos en façade. Devant la maison, une poutre verticale exhibe les cornes des buffles sacrifiés lors de funérailles dans la famille. Plus il y en a, plus la famille est riche et respectée ! J’en apprendrai davantage sur ce rite le lendemain…

 

Dans les villages, les maisons sont toujours alignées côte à côte et font face à un ou plusieurs greniers à riz, bâtis comme les maisons, mais de plus petite taille. Eko me propose de grimper dans l’une de ces maisons composée de deux pièces. L’intérieur est très rudimentaire et minimaliste. De toutes petites ouvertures font office de fenêtres et de fines cloisons en bambou séparent les pièces dans lesquelles se trouvent un meuble de rangement et de simples nattes au sol pour dormir. 

Eko me dira plus tard, que dans la chambre voisine de la pièce principale que je visitais, il y avait le corps embaumé d’une femme âgée qui attendait depuis plusieurs mois d’être incinérée. J’en ai encore des frissons….  

Je vais passer une nuit dans l’une de ces maisons à Batutumonga

 

Sans eau, sans électricité, les toilettes et la douche dans une cabane éloignée et juste un matelas par terre, l’hébergement est vraiment sommaire ! 

Je vérifie que je n’ai pas de voisine décédée dans la chambre mitoyenne, mais ne suis pas franchement rassurée dans ce logement où, malgré la présence d’un cadenas, la porte ne ferme pas à clé (clé perdue). Il fait vraiment froid durant la nuit et je dormirai toute habillée en compagnie de petits serpents, araignées, moustiques et geckos. 

Dormir chez l’habitant dans une maison traditionnelle en pays Toraja est une sacrée expérience ! Heureusement, la vue sur la vallée de Rantepao et les rizières en contrebas me font oublier l’inconfort et les désagréments. Je suis comblée par ces paysages et l’authenticité de ce pays, même s’il n’est pas facile de s’adapter au mode de vie local. Cela permet de voir qu’il est difficile de sortir de sa zone de confort…

Les maisons des vivants sont spectaculaires, mais les dernières demeures des défunts ne le sont pas moins !

Eko, mon guide m’emmène le lendemain dans les environs de Rantepao voir différents types de sépultures. C’est un autre aspect marquant de la culture animiste Toraja.

Nous commençons par les tombes arboricoles de bébés à Kambira

Cette ancienne pratique consistait à « enterrer » les bébés décédés qui n’avaient pas encore de dents et donc considérés comme « purs » dans des troncs d’arbre spéciaux dont la sève blanche va nourrir l’enfant. 

Les bébés étaient placés debout dans une cavité creusée dans le tronc afin qu’ils puissent continuer à grandir en même temps que l’arbre, et atteindre ainsi le royaume des morts. 

Quand la cicatrice de l’ouverture de l’arbre est fermée (environ 3 ans), c’est que l’enfant est arrivé auprès des dieux, et devient lui-même un demi-dieu qui va veiller sur les siens.

Je n’avais jamais entendu parler d’une telle pratique mortuaire. Je trouve ça étonnant, mais très doux et très porteur d’espoir pour la famille.

Autres types de tombes dans les villages de Lemo, Londa et Tampangallo

Pour les enfants plus grands et pour les adultes, la sépulture dépend de leur rang social (comme leurs maisons). Il y a 4 classes dans la société : la classe d’or, la classe d’argent, la classe de fer et la classe de terre (appelée aussi classe des esclaves).

Pour la classe d’or, des tombeaux familiaux sont creusés dans les falaises au-dessus du village. Certaines cavités s’ouvrent sur de véritables pièces avec les cercueils de toute la famille.  Des « tau-tau »  (statues en bois peintes à l’effigie du défunt) sont installés sur des sortes de balcons à flanc de falaise. Leurs statues sont orientées vers le village afin de veiller sur les vivants.

Ces tombes sont celles de personnes importantes ou riches, et notamment celles des descendants de chefs Toraja d’il y a plusieurs siècles.

Les statues sont très réalistes et ressemblent aux portraits faits des personnes de leur vivant. Certaines ont des yeux blancs, d’autres portent leurs plus beaux atours quand les plus pauvres sont en haillons. 

Désormais, les personnes importantes du village sont enterrées dans des petits tongkonan, identiques aux maisons traditionnelles. 

Pour la classe d’argent, des cavités plus petites sont également creusées dans la falaise pour y accueillir les cercueils. 

Jusque-là, tout allait bien…

Mais, après un peu d’escalade, je retrouve un guide équipé d’une lanterne qui se tient à l’entrée d’une grotte dans la falaise et me demande de le suivre.

Je ne me doute pas de ce qui m’y attend et je le suis un peu stressée dans des boyaux plutôt étroits. Claustrophobes s’abstenir…

C’est alors que je découvre les cercueils de la classe de fer entassés dans une grotte ou suspendus à l’extérieur de la falaise. De nombreux cercueils en bois ont pourri avec l’humidité et se sont ouverts avec le temps, laissant échapper les os et crânes de squelettes.

J’ai la sensation que certains me regardent fixement, ajoutant de la gêne au stress…

Il ne me reste plus qu’à découvrir les sépultures des plus pauvres, ceux de la classe de terre.

Ça se gâte un peu face aux squelettes dans la grotte !

L’air manque, je suis un peu claustrophobe et je me rassure derrière mon appareil-photo pour éviter de trop penser à ce que je vois. 

Je crains le pire et suis coincée dans ces boyaux souterrains et étroits, dans le noir. Je suis dépendante de la lueur de la lanterne du guide qui avance beaucoup plus vite que moi ! Donc, pas le temps de lui exposer mes états d’âme…

Nous arrivons dans l’espace réservé aux défunts de la classe de terre. Les corps sont juste embaumés et enterrés tels quels dans les grottes, sans cercueils. Dans l’une des grottes, le guide me raconte que deux squelettes entrelacés dans le même sac plastique sont celui d’un jeune homme et d’une jeune fille dont l’histoire rappelle celle de Roméo et Juliette.

 

Après ces visites mortuaires, un solide dîner s’impose pour me caler l’estomac (rien ne m’arrête !).

Ce sera un plat de « papiang », spécialité de Sulawesi qui consiste à faire cuire dans un four en terre un rouleau de bambou farci de petits morceaux de poulet cuits dans de nombreuses épices et du gingembre, servi bien sûr avec du riz. Cela me semble bon, mais je ne réussis pas à détacher mon esprit de ce que j’ai vu dans la journée !

La journée du lendemain me réserve de nombreuses surprises…

 

Je n’ai pas encore tout découvert sur la relation qu’entretient le peuple Toraja avec la mort !

Eko me donne rendez-vous le lendemain matin à 6h30. Quand je lui demande la raison de cet horaire matinal, il me répond que j’aurai la chance d’assister à des rites funéraires le lendemain. Je lui demande en quoi cela consiste et il me répond de me coucher tôt parce que la journée du lendemain sera bien chargée…

De toute façon, les coqs se chargeront de me réveiller bien plus tôt et j’aurai une fois de plus envie de leur tordre le cou !

Je vous raconte tout ça dans le prochain post consacré aux rites funéraires des Toraja.

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