Sulawesi

Rites funéraires sur l’île de Sulawesi et combats de coqs dans le pays Toraja

7 h du matin. Une journée difficile m’attend dans le pays Toraja au centre de l’île de Sulawesi…

Avant le XXe siècle, les Torajas pratiquaient l’animisme, la religion de leurs ancêtres. Avec l’arrivée des colons et des missionnaires néerlandais dans les années 1900, les populations ont été contraintes de se convertir au christianisme, mais l’ethnie Toraja a toujours perpétué les traditions animistes ancestrales et les rites funéraires sur l’île de Sulawesi. 

Parmi celles-ci, les rituels funéraires appelés « Tomaté » qui sont d’importants évènements sociaux spectaculaires très codifiés. 

Hier, j’ai fait le tour des différents types de sépultures dans les environs de Rantepao

 

Aujourd’hui, Eko mon guide m’emmène assister à une cérémonie funéraire que je ne suis pas prête d’oublier !

Nous arrivons sur une clairière creusée dans un site boisé et je vois tout d’abord plusieurs tribunes en bambou dressées et ornées de décorations rouge et or.

Malgré l’heure matinale, il fait déjà très chaud et très humide. Dans une partie de la clairière, certains hommes s’affairent autour d’un troupeau de buffles et d’autres autour de porcs qui couinent très fort, les pattes entravées autour d’un tronc de bambou. Une famille se tient dans l’une des tribunes sur laquelle les portraits d’un couple de défunts sont exposés.

Eko m’explique la symbolique de la mort chez les Torajas et la place importante des buffles dans le rituel funéraire sur l’île de Sulawesi

Quand une personne de la communauté Toraja décède, elle reste chez elle, dans une chambre de la maison où ses proches continueront de venir lui parler, de lui apporter des vivres et des cigarettes.

Les Torajas la considèrent comme un être vivant et malade. Son corps est embaumé dans un mélange secret de « produits naturels » et de formol et la personne ne sera considérée morte qu’au premier jour de ses funérailles, qui pourront avoir lieu quelques années, voire des décennies plus tard.

Les membres de la famille du défunt devront alors organiser une série de cérémonies funéraires durant plusieurs jours qui s’accompagneront de multiples repas, danses, chants et sacrifices d’animaux. Plus l’assistance est importante pour accompagner le départ du défunt, mieux c’est… Pour cette raison, les touristes sont les bienvenus, au côté des membres de la famille et d’amis du village. Tous les invités doivent offrir des cadeaux et mon guide me conseille d’apporter une cartouche de cigarettes.

Chez les Torajas, le buffle n’est pas considéré comme une bête de somme, mais comme un animal sacré qui emportera les âmes des défunts vers l’au-delà après sa mort.

Les Toraja en prennent donc le plus grand soin, évitent de les fatiguer ou qu’ils tombent malades. Pour aider le défunt à tenir son rang, la famille en immole le plus grand nombre afin que l’âme monte rapidement dans l’au-delà… Plus la famille est riche et plus on tue de buffles, c‘est un signe de prestige visible, puisque les cornes des buffles orneront la façade de la maison de la famille ensuite. Un buffle coûtant environ 120 millions de roupies indonésiennes (environ 1 500 €), les cérémonies ne peuvent pas se dérouler immédiatement après la mort, parce qu’il faut du temps aux familles pour économiser l’argent nécessaire. 

Le must, ce sont les buffles albinos. Ils sont rares, coûtent plus cher, mais leur sacrifice permet à l’âme du défunt de s’élever encore plus haut.  

Je ne suis pas certaine de vouloir assister à la cérémonie sacrificielle des buffles…

Mais  les buffles arrivent près des tribunes et Eko me conseille de voir au moins le début de la cérémonie, parce que ce rituel funéraire est vraiment spécifique de l’île de Sulawesi.

Sur la place centrale, j’assiste au sacrifice de huit buffles, l’un après l’autre.

Les bêtes patinent dans la boue et le sang et résistent. C’est violent et rapide. La gorge de l’animal est tranchée par un bref, mais efficace coup de parang (machette) au niveau des carotides. Le buffle tombe et agonise en quelques secondes. Des jeunes garçons se précipitent pour recueillir le sang dans des tubes de bambou.

Le sang et la boue giclent à distance et mon pantalon et mes tennis sont à jeter…

Les animaux sont ensuite dépecés et découpés. La famille invite chaque personne présente à boire une coupe de sang et à manger un morceau de buffle à la fin de la cérémonie. Les cornes, quant à elles, seront conservées et fixées aux piliers de la maison familiale.

Après les buffles, ce sera l’exécution des nombreux cochons, mais j’ai eu ma dose… L’odeur du sang chaud est très prenante et me poursuivra les jours suivants, j’ai la nausée et je souhaite partir.

Dans quelques années, la famille se réunira à nouveau pour un « manene » (les secondes funérailles), où les cadavres des êtres aimés seront extraits de leurs cryptes, afin d’être nettoyés et revêtus de nouveaux vêtements.

Après le sacrifice des buffles, les combats de coqs !

Pour poursuivre la découverte des traditions liées aux rites funéraires sur l’île de Sulawesi, Eko m’emmène voir des combats de coqs. 

Les combats sont « normalement » interdits par la Loi, mais régulièrement organisés lors des funérailles dans le respect des traditions animistes.

Les coqs, tout comme les buffles, tiennent une place importante dans la culture Toraja. Sur le fronton des maisons traditionnelles, les « tongkonan », il y a toujours la représentation peinte de 2 coqs.

Ces 2 coqs symbolisent le courage, mais aussi la paix entre les tribus Torajas.

Cette tradition date de l’époque où les populations s’entretuaient au cours de nombreux conflits. 

Un des chefs de village décida alors que les gens ne se battraient plus entre eux mais feraient se battre deux coqs à leur place. La victoire irait à l’équipe du coq gagnant et cela permettait ainsi aux hommes de régler leurs conflits sans y perdre la vie.

Dans l’enceinte réservée aux combats, je suis la seule femme touriste, dans un milieu exclusivement masculin. Eko ne me lâche pas d’un oeil et préfère que je ne m’approche pas trop des rings où se déroulent les combats au cas où cela tournerait mal… 

Les parieurs arrivent avec leurs coqs sous le bras et engagent de très grosses sommes d’argent. Les enjeux financiers sont énormes et se font dans une ambiance survoltée. Certains jouent et parient jusqu’à perdre tous leurs biens.

Les coqs sont attachés en attendant le combat.  Les propriétaires des coqs entaillent à la lame de rasoir les mollets des coqs pour les rendre agressifs. Lorsque la cloche sonne le début du combat, les propriétaires jettent les coqs l’un contre l’autre. A ce moment-là, le combat peut durer quelques secondes ou bien de longues minutes.

Au centre de la piste de combat, le sang se répand sur la terre battue, au son des encouragements des propriétaires, des commentateurs et des parieurs. Le combat est gagné lorsque l’un des deux coqs est mort. Quelquefois, ils finissent tous les deux blessés, sanguinolents et bien déplumés. 

Nous repartons avant que les combats ne cessent pour éviter les sorties de « matchs » où les propriétaires gagnants repartent avec fierté, leur coq sous le bras, et les perdants désespérés s’enivrent ou se bagarrent. En sortant, nous passons devant les pêcheurs qui viennent vendre leurs poissons à l’occasion de ces rassemblements. 

Participer aux rituels funéraires sur l’île de Sulawesi est probablement l’expérience la plus marquante et fascinante que j’ai vécue lors de mes voyages. 

Je me suis posée la question au moment d’y aller, et à nouveau au moment de publier ces photos, mais les rites funéraires sur l’île de Sulawesi font vraiment partie intégrante de cette culture traditionnelle, et même si certains moments ont été difficiles à supporter, je ne regrette absolument pas d’avoir assisté à ces cérémonies. Je me suis aperçue que prendre des photos mettait une distance entre la réalité et moi.

Changement de programme pour la suite de mon voyage à Sulawesi, je pars aux îles Togian, via le port d’Ampana. Suivez-moi !

Si vous aussi, vous souhaitez assister aux rites funéraires sur l’île de Sulawesi, sachez que…

  • C’est en juillet et en août que les cérémonies sont les plus nombreuses. Il n’y a pas de calendrier précis, mais les funérailles sont fréquemment organisées durant les mois d’été, afin que les Torajas vivant dans d’autres parties de l’Indonésie, puissent disposer de temps pour revenir au pays.
  • Les cérémonies culminent généralement en août et se déroulent sur 3 à 7 jours. Tous les guides connaissent les dates et les lieux où se déroulent les cérémonies.

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