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Ma rencontre avec les Daos à Sapa au Vietnam

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Départ pour un trek après deux journées passées à Sapa, la tête dans le brouillard…

Je profite d’une éclaircie pour partir avec Olivier faire un trek de deux jours et découvrir la vie quotidienne des Daos, l’une des 54 ethnies vivant au Vietnam. Les Daos vivent dans les régions montagneuses du nord-Vietnam, dans la région de Sapa, à 35 kilomètres de la frontière chinoise.

La brume s’est enfin un peu levée quand Olivier vient à ma rencontre à Sapa où il a été guide pour une agence de voyage pendant onze ans. Désormais, il est marié avec Xi Quan depuis 6 ans, une jeune femme Dao rouge de 34 ans. Ils vivent avec les trois premiers enfants de Xi Quan (elle était veuve) et leur fils Anatole dans une maison perchée à flanc de montagne à quelques kilomètres du village de Ta Phin. Je suis quelque peu stressée à l’idée de partir seule vers une destination inconnue, dans des conditions de vie annoncées comme sommaires, avec une météo incertaine pour un trek dans la montagne avec mon sac à dos un peu trop lourd… J’y emporte avec moi “le poids de mes peurs” comme l’évoque si bien Jean-Christophe Ruffin dans son roman “Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi” et dont je parle aussi dans mon article “l’aventure du départ de A à Z“, à la lettre K comme Kilos…

Quelques jours auparavant, Olivier m’avait envoyé des informations sur l’hébergement 

Infos générales : les gites sont d’authentiques maisons Daos rouges. Confort minimum de rigueur : petits matelas durs et murs en planches de bois pas toujours bien fermées. Pas de douches ni de toilettes assises (toilettes turques). Le temps montagnard est toujours imprévisible… Kway dans le sac recommandé et pull a partir de fin Septembre. Polaire en hiver jusque début Mars…

Premier jour :  Rendez-vous à Sapa à 9h pour faire un tour sur le marché et prendre le nécessaire pour les différents repas. Ensuite direction Ta Phin en moto sur une route en mauvais état qui passe au milieu des villages de Ma Tra et Ta Phin. Beaux paysages de rizières et de montagnes. 

Comme convenu ensemble, nous faisons un arrêt au marché de Sapa pour prendre de la viande de porc et du poulet qu’Olivier fait couper en fines tranches, des galettes de riz, de la citronnelle, des herbes et des légumes pour préparer des nems frits et nous voilà partis !

Parcours en moto et à pied sur des routes chaotiques pour se rendre dans les montagnes…

Le début du trajet se fera en moto pour alléger le poids des courses alimentaires, jusqu’à ce que la piste en terre ne soit plus praticable, à partir du village de Ta Phin. 

C’est donc bien chargés que nous allons finir le trajet jusqu’à la maison d’Olivier. Comme annoncé dans son programme, les derniers kilomètres se font sur un chemin en terre défoncé, escarpé et l’ascension est “physique” ! Je n’osais pas lui demander si on allait arriver bientôt, comme les enfants… mais au cours d’une petite pause, Olivier me dit qu’il nous reste environ 80 minutes de marche afin de rejoindre la maison. Petit moment de découragement… mais il n’y avait de toute façon rien d’autre à faire qu’à avancer ! Les 20 dernières minutes de montée sont vraiment très “physiques”, je maudis le poids de mon sac et me demande dans quelle galère je me suis embarquée, d’autant qu’Olivier ne se révèle pas très bavard. Grand moment de solitude et de fatigue qui m’empêche d’apprécier pleinement les beaux paysages de rizières et de montagnes, d’autant que le temps est brumeux !

Allez, un dernier petit effort… encore une dernière côte,  et nous arrivons à la maison.

Olivier m’avait prévenue… effectivement, le confort est rudimentaire !

La maison est plongée dans l’obscurité, pas de fenêtre, pas d’électricité pendant la journée et une forte odeur de fumée âcre qui brûle les yeux. Mais je m’y sens bien et m’assoie au coin du feu pendant qu’Olivier prépare le déjeuner. La maison est constituée d’une pièce unique avec une partie cuisine où se trouve un poêle à bois en terre cuite à même le sol en terre battue et un grand bac à eau alimenté par une source pour tous les besoins de la famille. L’électricité est fournie par une turbine alimentée par cette source, mais l’eau est détournée dans la journée au profit des rizières. Il faut donc attendre le soir que le travail dans les champs et rizières soit terminé pour pouvoir disposer à nouveau de l’eau et donc avoir de l’électricité.  En entrant dans la maison, se trouve le lit conjugal et familial où dorment Olivier, Xi Quan et Anatole. Les enfants partagent le lit des parents jusqu’à l’âge de 6 ans. Dans une pièce à côté dorment les trois autres enfants, deux filles et un garçon de 11, 13 et 16 ans. Une petite pièce à côté abrite les toilettes à la turque, un lavabo et un baquet en bois pour le bain. Désolée, certaines photos sont sombres et floues !

Quand j’arrive, Xi Quan et Anatole sont dans leur famille pour accueillir une jeune soeur qu’ils n’ont pas vue depuis plusieurs mois. Je déjeune donc en tête à tête avec Olivier et j’en profite pour lui poser de nombreuses questions sur le mode de vie des Daos, et notamment sur la vie des femmes. Olivier qui a une parfaite connaissance de la vie des Daos et des Hmongs se révèle beaucoup plus bavard et me propose des livres sur l’histoire, la culture et l’alimentation de ces ethnies.

Après déjeuner, Olivier me propose des activités qui ne sont pas de tout repos…

Au choix, cueillette de plantes médicinales pour la réalisation d’un bain aux herbes le soir (plutôt physique – marche en forêt et jungle) ou marche jusqu’au sommet de la montagne au-dessus de la maison : environ 1h de montée abrupte (très physique) avec comme récompense si le temps est dégagé une belle vue sur les vallées de la région et celles de la Chine dont la frontière est vraiment proche, ou récolte de bois de chauffage avec machettes et paniers au dos.

Je propose une quatrième option… celle d’aller me promener tranquillement dans les rizières environnantes avec le chien de la maison que j’ai décidé d’appeler Chicco puisqu’ici on ne donne pas de nom aux animaux domestiques. On les appelle par leur couleur (marron, blanc, noir…). Il m’a accompagnée toute l’après-midi, me devançant pour me montrer par où aller, et aboyant quand je prenais une mauvaise direction. Je mesure l’immensité et la beauté des rizières en terrasse et regrette vraiment de ne pas y être à la bonne période ! J’ai fais le choix d’être à la période idéale lors de mon séjour au Japon deux mois après pour voir les cerisiers en fleurs… C’est difficile d’être toujours au bon endroit au bon moment lorsque l’on voyage au long cours !

A mon retour, Xi Quan est à la maison, avec sa mère, sa soeur et sa belle-soeur. Les enfants arrivent également et alimentent le feu pour préparer le bain aux plantes médicinales que je prendrai dans la soirée. Ils dînent avant nous et se retirent très tôt dans leur chambre commune.

L’ainée, Xi Ton, âgée de 16 ans est déjà promise en mariage à un jeune homme qu’elle ne connaît pas. 

Les Daos ont leurs propres coutumes matrimoniales. Les parents du jeune homme sont venus demander Xi Ton en mariage et lui ont offert un bracelet. Si la famille de la jeune fille ne le rend pas, c’est que l’union est acceptée. Pour se marier, les jeunes doivent non seulement obtenir l’approbation des parents mais aussi avoir des dates de naissances « concordantes ». Une fois cela vérifié, le jeune homme doit demander à sa future belle-famille l’autorisation de s’installer chez eux et d’y travailler bénévolement pendant 3 ou 4 jours. Après un mois ou deux, il retourne y faire un second séjour, au cours duquel il peut partager la couche de sa fiancée. Il devra ensuite payer une dot à sa belle-famille au moment du mariage. Xi Ton a désormais 18 mois pour préparer son trousseau et broder sa tenue de mariage et celle de son futur époux. Elle a donc quitté l’école pour préparer son mariage et en est très heureuse. 

De bons moments entre femmes et une dernière photo en costume avant le départ !

Après une nuit bien fraîche dans une chambre dont les lattes de bois étaient disjointes, les femmes décident de me faire revêtir leur costume traditionnel, et notamment la coiffe qu’elle pose sur leur foulard rouge lorsqu’elles vont “en ville” ou pour une occasion familiale. Bon, cela ne va pas à tout le monde… surtout passé au-dessus des nombreuses couches de vêtement que j’avais mises pour me protéger du froid. Nous prenons des photos, rions beaucoup et je repars à pied en direction de Sapa avec une charmante guide locale Dao qui n’est autre que la belle-mère d’Olivier. Nous descendons de la montagne (pas à cheval…) accompagnées par les autres membres de la famille, toujours suivies ou précédées de Chicco le chien qui ne nous quitte pas. La mère de Xi Quan insiste pour porter mon sac à dos jusqu’au village de Ta Phin, où elle me le rendra pour endosser son panier en osier rempli de petits sacs, ceintures et bonnets qu’elle a brodés et ira vendre dans les rues de Sapa. 

Elle parle suffisamment anglais pour échanger avec moi et me raconter l’histoire locale. Nous parlons bien évidemment aussi de nos vies de femmes si différentes. Ce retour d’environ 10kms à travers les rizières avec une petite pause sticky-rice cuit au feu de bois dans une feuille de bananier me redonne des forces. C’est compact et ça tient bien au corps… Nous passons devant un ancien couvent francais et au milieu du village Hmong noir de Ma Tra où sont récoltés, selon les périodes de l’année le chanvre, l’indigo, le maïs ou encore du riz. Je croise des groupes de touristes en compagnie d’autres guides locales et je suis bien contente d’être seule avec ma guide avec laquelle s’est établie une belle relation d’amitié. Certains touristes avaient exploré la destination de Ta Van où il semblerait que les rizières soient plus spectaculaires, surtout durant l’été, lorsqu’elles sont bien vertes. Le retour en ville prend environ 4-5 heures et nous nous séparons à Sapa que je retrouve à nouveau dans un épais brouillard.

Je suis heureuse d’avoir pu partager le quotidien d’une famille Dao

Peu d’entre eux parlent anglais, et le fait de pouvoir poser mes questions à Olivier en français, a beaucoup enrichi ces deux journées. J’en ai appris davantage sur leur mode de vie. Les conditions d’accueil sont rudimentaires, mais je serais volontiers restée plus longtemps s’il avait fait beau et si j’avais été dans la région à une période plus propice aux balades et à la découverte.

J’y étais début mars, à la fin de l’hiver… c’est pas la meilleure période !

Ma prochaine destination va me conduire à Hanoï, puis dans la baie d’Halong. Changement d’ambiance assuré !

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