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Mes cours de français à un jeune moine laotien

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J’ai donné des cours de français à Phone, jeune moine de Luang Prabang

Petit retour sur cette belle histoire… C’est dans la « library » de Luang Prabang située en face du Palais Royal que j’ai vu une petite annonce écrite en français par un jeune moine nommé Phone qui recherchait des touristes français disponibles pour lui donner des cours de français.

La library est une sorte de bibliothèque associative/dépôt-vente de livres étrangers où les touristes et les locaux peuvent discuter et échanger des livres dans une ambiance conviviale .  

Phone, le jeune moine donnait pour tout renseignement le mail d’un voyageur québécois qui venait de lui enseigner le français durant deux mois. 

J’envoie donc un mail à ce voyageur prénommé Claude pour lui dire que j’aimerais donner des cours de français à Phone, mais lui explique que je ne passe qu’une semaine à Luang Prabang et que je ne suis pas enseignante. Je lui demande aussi s’il pense que Phone accepterait que son professeur soit une femme.

J’en profite pour lui poser quelques questions d’ordre pratique sur la façon dont il donnait ses cours à Phone…

Mon premier rendez-vous avec Phone

Phone a reçu le message de Claude, et dès le lendemain me contacte pour le rencontrer dans le monastère où il exerce son ministère avec 10 novices et un moine supérieur.

Je rappelle à Phone la courte durée de mon séjour et lui dit de se sentir libre si cela ne l’intéresse pas. Phone est très enthousiaste à l’idée de parler français et la rencontre est instantanément très chaleureuse. 

Je lui demande si son supérieur ne prendra pas ombrage de me voir venir lui donner des cours et si je ne vais pas perturber la vie du monastère. Il me répond que son supérieur est ouvert à ce genre de propositions qui visent à améliorer les connaissances des moines et des novices.

Nous convenons donc de nous voir tous les matins au monastère pendant 8 jours. Trois semaines plus tard, je suis toujours à Luang Prabang et donne des cours à Phone quotidiennement !

Durant mon rendez-vous avec ce jeune moine, nous faisons connaissance en français

Phone a 21 ans et manie déjà relativement bien la langue. Il a étudié durant 7 mois à l’Institut Culturel Français de Luang Prabang, puis deux mois avec Claude, voyageur québécois. Je questionne Phone sur les raisons qui l’incitent à apprendre le français afin de nous mettre d’accord sur un programme. Il m’explique alors qu’il souhaite se “défroquer” et devenir guide francophone pour partager son amour et sa connaissance du Laos auprès de touristes français. 

Ses parents ne pouvant subvenir aux besoins de leurs trois enfants, Phone a fréquenté l’école des moines à partir de l’âge de 10 ans.  En dehors même de l’aspect financier, les familles laotiennes ont pour habitude d’envoyer un de leurs fils (en général l’ainé) à l’école des moines. Le jeune frère de Phone est lui aussi actuellement novice dans un autre monastère, dans le sud du pays. 

À l’âge de 20 ans, après dix années d’étude à l’école des novices, Phone aurait aimé poursuivre sa scolarité à l’université et devenir étudiant, mais sa famille ne pouvant subvenir à ses études, il est devenu un jeune moine. 

Il me confie alors qu’il manque de livres ou de magazines français à lire pour apprendre la culture française. J’arrive juste du Cambodge où j’ai trouvé pour la première fois depuis le début de mon voyage un peu de presse française à l’aéroport de Siem Reap. J’y ai acheté un numéro spécial de Courrier International consacré à la date anniversaire des attentats de Charlie Hebdo.

Je demande alors à Phone ce que les moines connaissent de l’actualité internationale et du terrorisme. Il me répond qu’il n’ont pas de télévision, pas de radio, ne lisent pas les journaux et vivent donc totalement “en dehors de l’actualité mondiale”.

Je lui offre mon journal dont il tourne et retourne les pages, avec un mélange d’émotion, de respect, d’intérêt et de curiosité. Il découvre alors l’actualité internationale et j’essaye de répondre à toutes ses questions. Je lui explique ce qu’est le concept de “liberté de la presse”, ce qu’est le métier de “dessinateur de presse” et ce que signifie “Je suis Charlie”. Il a beaucoup de mal à croire que des dessinateurs aient pû être tués pour leurs dessins…

Je ne pensais pas me retrouver un jour à parler de cela avec un jeune moine, au Laos !

Les jours suivants, nous travaillons un programme plus “académique et classique”

Les séances de travail se déroulent au monastère sous l’oeil attentif des novices et des petits chiens qui y ont élu domicile. Phone ne quitte pas son dictionnaire français-lao et ses cahiers d’exercice qu’il garde précieusement depuis ses cours à l’Institut culturel français et travaille son français dès qu’il a un moment, ce qui n’est pas évident dans une vie de moine… Certains novices viennent s’asseoir à côté du jeune moine pour y faire leurs devoirs de mathématiques.

Je leur présente Couinn-Couinn, ma mascotte qui fait le tour du monde avec moi et devient momentanément la mascotte du monastère.

Avec Phone, nous cherchons un autre nom plus facile à prononcer, et décidons de l’appeler “Couinette la starlette” parce qu’elle pose sur toutes les photos ! Cela me permet de lui expliquer ce que sont des rimes dans la langue française.

S’en suit une séance de recherche de rimes avec nos prénoms. Avec Hélène, c’est relativement facile, mais avec un prénom comme Phone, difficile de trouver une rime riche ! L’ambiance est très décontractée mais studieuse. Au programme pour Phone, dictée, lecture, grammaire, jeux de rôles, balades et discussions.

Je propose ensuite à Phone de le mettre en situation de guide

Puisque c’est le projet de ce jeune moine, autant qu’il s’exerce avec moi ! 

Je vais donc jouer la touriste française qui posera plein de questions sur la vie des moines et sur la culture du Laos (ce que je fais très bien…).

Ce jeu de rôles le fait rire et lui plait beaucoup. Il devient ainsi mon professeur et répond à mes nombreuses questions…

  • À quoi ressemble la journée d’un moine ?
  • Quelle différence entre un moine et un novice, comment les reconnait-on ? 
  • Que signifient les peintures qui couvrent le monastère ?
  • Que pensent les moines des touristes qui se bousculent autour d’eux pour prendre des photos pendant les aumônes le matin ?
  • Quelle forme de bouddhisme pratiquez-vous au Laos ?
  • Pourquoi est-il interdit pour vous de toucher une femme ?”…

Nous échangeons mutuellement nos connaissances et nos cultures

Pour compléter la mise en situation, Phone propose de m’amener dans des endroits inconnus des touristes, de l’autre côté du Mékong, en face de Luang Prabang pour me montrer des monastères très anciens, me faire voir la “vraie” vie des villageois et me montrer des échoppes d’artisans. Tout se passe dans des conditions privilégiées, avec un très grand respect et une très grande complicité. J’embarque donc avec mon “guide” dans une pirogue pour traverser le Mékong et découvrir l’autre côté de la rive… 

Je n’oublierai jamais cet après-midi avec ce jeune moine qui voudrait devenir guide francophone. J’aimerais tellement l’y aider, mais je lui ai fais prendre conscience, qu’en dehors même de l’apprentissage de la langue, il devrait aussi apprendre les codes civils des relations d’un guide avec ses touristes. C’est à dire… regarder les personnes auxquelles il s’adresse en les regardant dans les yeux (pour lui, c’est un manque de respect), serrer la main à ses touristes femmes, prendre un verre ou déjeuner dans un restaurant avec ses clients, s’habiller en jean-tshirt-baskets… Tout cela lui semble insurmontable !

Une relation très forte s’est nouée entre Phone et moi et nous avions tous les deux des larmes aux yeux au moment de nous séparer. J’ai promis à Phone de revenir un jour au Laos pour constater ses progrès en français et voir s’il a pris la difficile décision de quitter l’ordre des moines pour devenir guide francophone dans une vie civile… Aux dernières nouvelles, deux ans après mon passage, il vit toujours au monastère et prend toujours des cours de français.

 

Si vous avez un peu de temps, n’hésitez pas à aller discuter avec lui !

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